
Crédit : Jonathan Alpeyrie / 1er Juin, 2019 – Une fusillade a éclaté entre les forces de police et des trafiquants de drogue. Une petite unité de la police civile mène une opération dans une favela très dangereuse du nord de Rio afin d’arrêter un trafiquant de drogue bien connu. Des affrontements ont rapidement éclaté entre diverses autres unités de police et des membres de gangs armés. (Photo par Jonathan Alpeyrie/Polaris Images)
Reporter de guerre engagé
En tant que reporter de guerre, Jonathan Alpeyrie a parcouru la planète pour suivre de nombreux conflits, avant d’entamer une évolution. « Après avoir couvert les conflits armés pendant plus de 20 ans, je me suis concentré sur les grands conflits et les grandes routes de la drogue, en particulier entre l’Amérique Latine et les États-Unis. C’est un projet qui a duré 6 ans, qui m’a amené de la production jusqu’à la consommation. La consommation correspond au grand marché américain nord-américain, ouvert à toutes sortes de drogues. Évidemment, en tant que photographe, ça m’a toujours beaucoup intéressé de photographier des choses assez sombres et des éléments qui sont aussi très difficiles d’accès », souligne Jonathan Alpeyrie.
Il porte un regard assez cinglant sur la question du trafic de stupéfiants et dénonce le danger et l’inefficacité des politiques qui ont été menées. « L’autre facette est plus politique. J’estime à titre personnel que l’Occident en général, que ce soit aux États-Unis ou en Europe en particulier, ont décidé de faire sauter un certain nombre de verrous qui permettaient à la société de rester quand même assez stable ou assez compréhensible en tout cas pour ces populations », indique-t-il. L’argument de la légalisation de certains stupéfiants n’a pas fait ses preuves et entraine de lourdes conséquences pour la société et pour la sécurité des individus.
Il dénonce clairement la politique qui a été menée dans le monde occidental depuis plusieurs années. « Démocratiser la drogue à mon avis a été une très grave erreur, qu’elle soit pour des raisons morales ou politiques et bien entendu pour des raisons économiques. Ce qui a été fait dans un certain nombre d’États aux États-Unis a eu d’importantes conséquences négatives pour de nombreuses raisons, premièrement cela ne rapporte pas beaucoup d’argent, ce qui avait été l’argument principal. L’autre argument avait été de dire qu’en légalisant, on pourra mettre hors service les producteurs illégaux, ce qui a été l’effet contraire total puisque les producteurs légaux payent de lourds impôts et doivent respecter des normes contrairement aux cartels qui font d’énormes profits », observe le reporter.
Guerre des stupéfiants en Europe
« Depuis un an, je me concentre exclusivement sur le commerce de la cocaïne en Europe occidentale. Je travaille beaucoup en Hollande et en Belgique, j’y retourne au mois de février pour un mois et demi », explique-t-il. Le trafic de stupéfiants est intimement lié à l’immigration et aux liens internationaux avec l’Afrique du Nord et avec l’Amérique Latine. « Ces deux pays sont gangrenés par le milieu criminel marocain. La plupart des trafiquants ont établi des liens très puissants, des alliances avec les cartels mexicains et des groupes criminels colombiens. La cocaïne est maintenant la grande drogue de préférence en France, qui représente le premier marché de consommation, un marché très juteux. »
Le développement du trafic, accompagné d’une forte manne financière, commence à avoir des conséquences politiques et sécuritaires. « Un problème stratégique est en train de se poser directement aux États européens, ils sont d’une grande faiblesse au niveau sécuritaire, totalement à l’inverse de ce que l’État américain est en train de faire aujourd’hui », explique Jonathan Alpeyrie. Et d’ajouter : « L’administration Biden se caractérisait par un grand laisser-faire, notamment en laissant sauter la frontière sud avec le Mexique. Trump fait tout le contraire et parmi les 2 millions de personnes qui ont été renvoyées dans leur pays, il y a probablement 200 000, 300 000 ou 400 000 éléments criminels. Ce qui n’est pas rien. La même chose devrait être faite en Europe. »
Le risque de faillite sécuritaire des Etats en Europe pourrait avoir des conséquences sur la sécurité américaine. « De nombreux quartiers et petites villes de Belgique sont complètement abandonnés par les pouvoirs publics, sous une forme de balkanisation, et comme la nature a horreur du vide, celui-ci est remplacé par le trafic de stupéfiants. Tout cela est particulièrement catastrophique à tel point que les Américains s’en inquiètent à un haut niveau. » Pour autant, on ne peut pas encore parler de narco-Etat. « Nous ne sommes pas encore au niveau mexicain, car les cartels sont dans une optique militaire et stratégique. Les groupes criminels en Europe sont souvent composés de marocains, algériens ou albanais et ils sont en ébullition, ils prennent du pouvoir mais n’atteignent pas le même niveau de violence que les cartels mexicains. »
Cette tendance évolue très rapidement depuis quelques années et la Belgique d’aujourd’hui pourrait être la France de demain, sans compter de nouvelles évolutions qui sont à l’oeuvre, toujours au carrefour entre trafic et immigration. « Il y a, à mon avis, une osmose qui est en train de se créer entre les groupes islamistes en Belgique et les groupes criminels qui sont eux aussi musulmans, on voit bien que quelque chose est en train de se passer. Le sujet est très tabou », explique le reporter. « Selon moi, il faut observer ce problème comme un cancer : s’il est pris à temps il peut être soigné, mais pris trop tard, c’est fatal. Le problème est que le cancer est tellement avancé maintenant qu’il serait difficile de reprendre le contrôle sur certains quartiers de Marseille par exemple. »
Plus le problème persiste et plus les guerres de la drogue prennent une tournure majeure, avec des conséquences politiques fortes. Il s’agit d’un cercle vicieux, dont les conséquences peuvent être observées tous les jours : insécurité, corruption, conséquences sanitaires pour les populations. Jonathan Alpeyrie connaît bien ce sujet et en observe l’évolution depuis de nombreuses années. Selon lui, la solution passera par une « remise en cause de l’Union européenne, trop poreuse aux flux internationaux, d’une régulation forte de l’immigration et des flux internationaux en général ».
Pour retrouver le livre : https://geditions.com/products/drug-wars-supply-and-demand
https://www.simonandschuster.com/books/Drug-Wars/Jonathan-Alpeyrie/9780972115247
Pour retrouver le travail du journaliste : https://jonathanalpeyrie.com

